Il est parfois de belles rencontres dans la vie comme en littérature. Ce livre en est pour moi un bel exemple. Chiné au hasard chez un bouquiniste il y a quelques années, j’ai été subjuguée et émue par ce roman, entre fiction et témoignage.
Ceux qui me suivent savent que la période de la seconde guerre mondiale revient fréquemment dans mes lectures. Curieusement, je me suis rendue compte que je n’avais que très peu lu sur le sujet de ce livre: l’exode de mai-juin 1940 et la vie au début de l’occupation.
Eté 1940, les nouvelles du front sont décourageantes, voire désastreuses, les troupes allemandes se rapprochent de Paris et des milliers de Français décident de fuir leurs foyers. Le roman d’Irène Némirosky nous entraîne, en voiture ou à pieds, sur les routes de France en compagnie de différents personnages, – des couples ou des familles, des personnes aisées, d’autres plus modestes-. Ce roman-témoignage nous permet de prendre conscience des difficultés jonchées sur le bord de la route; très vite se nourrir ou se loger relève du défi. On s’imagine aisément aux côtés de ces français déboussolés, partagés entre solidarité et individualisme / instinct de survie.
Puis, la défaite française est annoncée, "la débâcle"! Il n’est plus utile de fuir et certains retournent chez eux….l’exode, case départ. Très vite les troupes allemandes s’installent dans les villes et villages désertés par les hommes, morts ou prisonniers. Comment gérer cette cohabitation forcée? Un soldat allemand est-il d’abord l’incarnation de l’ennemi ou est-il aussi un homme?
J’ai réellement été très touchée par ce livre et par son histoire. Ecrit entre 1940 et 1942, terminé à la veille de l’arrestation de l’auteur, on ne peut qu’être saisi par la sincérité et la simplicité de l’écriture. Rédigé "à chaud", le témoignage d’Irène Némirovsky démontre d’une grande lucidité sur les évènements. L’humanité qui transparaît de la dernière partie relatant l’occupation d’un village est admirable. Malgré l’incertitude de l’avenir et le danger à sa porte, l’auteur a réussi à prendre de la hauteur par rapport aux évènements. C’est probablement pour ces raisons que ce livre m’a autant émue.
Bonus: Hier, @monsieurkaplan a partagé sur twitter une histoire touchante que je souhaite à mon tour vous raconter. Celle d’une femme qui a quitté son appartement parisien lors de l’exode de juin 1940 pour ne plus jamais y retourner. A sa mort en 2010, les héritiers découvrent l’existence de cet appartement, dans lequel personne n’avait pénétré depuis 70 ans. Les photos traduisent l’arrêt du temps, la précipitation du départ, l’espoir d’une absence de courte durée. Pour ceux qui le souhaitent, plus de photos ici. Difficile d’admettre une telle histoire: l’appartement n’aurait jamais été ni visité par les nazis, ni touché par les bombardements, ni intrigué un voisin…Après tout, pourquoi pas?
Suite française, Irène Némirovsky
Note Livraddict: 8,45 / 10 (10 votes)



Ce livre m’intrigue énormément car je ne connaissais pas du tout l’auteur avant qu’elle ne soit mise en avant par un éditeur et depuis, je ne cesse d’en lire des critiques élogieuses mais je ne l’ai pas encore ajouté à ma PAL mais il fait partie de mes prochains achats (même si je préférerais le trouver en occasion!). Merci pour ton avis qui me conforte dans cette prochaine acquisition.
A vrai dire, je l’ai trouvé il y a quelques années par hasard d’occasion, j’ai été intriguée par le regard sur la couverture et la 4ème de couv m’a plu. je regrette juste de ne pas l’avoir lu plus tôt. Je peux aussi le lancer en livre voyageur si d’autres sont tentés?